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- Art & création -

Street art,

la créativité fait le mur

A près de 50 ans, le street art reste un vivier de la création contemporaine mais vit une vraie crise d’adolescence… Né dans l’illégalité, nourri de contestation, dopé à la clandestinité, l’art urbain est aujourd’hui soumis à la tentation de la notoriété et courtisé par les institutions artistiques officielles. Comment trouver une voie qui préserve la créativité débridée qui a fait son succès ? Y a-t-il une vie pour lui dans les galeries ?

LE PLUS POPULAIRE DES MOUVEMENTS «ANTI»…

Rebelle par nature, le street art est apparu dans les grandes métropoles urbaines dès les années 60-70, moyen d’expression libertaire d’une nouvelle génération pour dire son opposition et affirmer son territoire par une signature taguée à l’infini. Le mouvement passe des messages de contestation politique liés aux grands événements des sixties à la conquête de l’espace, tout simplement. Prendre la parole pour dire son mécontentement, critiquer un système, faire partager sa vision du monde. Comme toujours, un beau dessin vaut mieux qu’un long discours!

C215

2. © C215

ART IN THE CITY

Mixé avec la culture hip-hop, l’art urbain devient un moyen de se réapproprier la ville. Sur tous les continents, les guérilleros du rouleau et du pinceau apportent leur touche de poésie sur les murs en dépit des interdits. Si tout a commencé avec les wagons du métro de New York constellés de tags et graffitis, très vite les techniques explosent avec des styles diversifiés: de la bombe aérosol des débuts au pochoir, collages, mosaïques, projections lumineuses jusqu’au yarn bombing, des œuvres en tricot habillant le mobilier urbain.

LA RUE EST A TOUT LE MONDE

Fréquemment arrêtés, parfois mal compris par les habitants des quartiers «décorés», les grandes figures du street art ont fini par s’attirer la sympathie du public et surtout à attirer l’attention du marché de l’art qui voit en ces nouveaux artistes une véritable bouffée d’oxygène. Chacun soigne sa mythologie et se compose un personnage public, avec pseudo énigmatique de préférence: C215, Miss Tic, Blek le Rat, Zevs, Os Gêmeos, Psyckose… Fantômes espiègles insaisissables, leurs tours de passe-passe colorés en font des nouveaux héros mystérieux, dont les créations représentent une performance en forme de pied-de-nez aux autorités.

2. © INTI, El Caudillo, 2012

2. © INTI, El Caudillo, 2012

CAPITAL SYMPATHIE POPULAIRE

Comme Basquiat et Keith Haring l’avaient fait avant eux, ils se servent de la rue comme d’un book à ciel ouvert, transformant chaque nouvelle œuvre en happening. Et le public suit, guettant ici un nouveau Banksy, là une nouvelle mosaïque de Space Invaders, plus loin un collage XXL de JR. Autrefois dissidents à l’esprit frondeur, les artistes urbains deviennent de véritables stars dont on reconnaît la patte et dont on attend la prochaine audace. Le rendez-vous donné par Banksy à ses fans à New York l’hiver dernier a été un véritable événement, sans que personne ne connaisse encore le visage de l’artiste. Décalé par nature, le street art incarne une proposition populaire, alternative à l’art contemporain classique, souvent perçu comme trop élitiste et conceptuel.

EN FLAGRANT DELIT DE RECONNAISSANCE OFFICIELLE

La rançon du succès? De mieux en mieux intégrés à l’espace urbain, les artistes de la rue se voient désormais offrir des espaces d’expression par les mairies, sont sollicités pour des œuvres de commande et entrent même au musée! Une révolution pour des ex-révolutionnaires, qui ont désormais droit à des expositions dédiées et font l’événement dans les ventes aux enchères. Et un paradoxe pas facile à gérer quand la créativité se nourrit de transgression et des montées d’adrénaline qui vont avec… Pendant ce temps, les hauts lieux du street art disparaissent peu à peu: 5 Pointz à New York, le Tacheles à Berlin, la piscine Molitor à Paris, sous l’action conjuguée de la spéculation immobilière et de la normalisation d’un art un peu trop incontrôlable.
Encore très jeune, le street art vit une mutation et la suite de l’évolution qui se joue à l’échelon planétaire promet d’être très intéressante. Si les institutions artistiques ont fait une vraie place au street art et lui donnent les moyens de poursuivre, tant mieux, mais une chose est sûre:  tout comme son passé, son avenir est dans la rue.

LE STREET ART HORS LES MURS?

L’avis de Nicolas Couturieux, directeur artistique de l’Atelier des Bains, galerie spécialisée à Genève.

Et si faire entrer l’art contemporain urbain dans les galeries et les musées revenait à mettre les fauves en cage et à tuer leur instinct créatif ?

Votre question fait référence au Salon de 1907 qui a vu la consécration du fauvisme comme mouvement artistique majeur, dont la création était en marge de l’académisme vieillissant. Évidemment l’art urbain est né et se nourrit de sa volonté de briser l’institution artistique dans ce qu’elle a de plus traditionnel. Ensuite imaginer qu’exposer des artistes urbains équivaut à les emprisonner dans des cages, c’est nier le rôle des galeristes, des conservateurs et des curateurs, supports à leur création. Nous n’avons pas seulement un rôle d’acteur économique mais bien un rôle bienveillant auprès des artistes dans lesquels nous croyons, et aussi un rôle pédagogique auprès des publics que nous accueillons dans nos espaces. Enfin, il ne faudrait pas nier l’identité même de ces artistes. Ce n’est pas parce que leur art vient et vit dans la rue, qu’il n’est pas pensé et réfléchi.

Le street art peut-il envisager un avenir « dans » le système (municipalités, galeries, musées…)?

On ne peut pas imaginer ad vitam aeternam que le street art est différent des autres mouvements artistiques parce qu’il est urbain, et donc qu’il ne s’épanouit que dans le conflit avec les autorités en place. Au contraire, les fondements de l’art urbain étaient de créer des liens sociaux entre les populations dans les lieux qui en étaient dépourvus. Aujourd’hui, il grandit de ses coopérations et ses projets avec les municipalités: quand des grands murs sont peints par des graffeurs, grâce aux autorisations municipales, aux bailleurs sociaux, c’est la population qui en profite chaque jour. Le street art amène de l’art là où il n’y en a pas, dans des territoires urbains souvent en périphérie des musées et des centres d’art, dans des territoires qui sont bien souvent sacrifiés. Penser le travail en galerie comme aller à l’encontre de ces fondements-là, c’est se tromper. Car organiser de tels projets artistiques dans l’espace de la Cité, demande du temps, de l’organisation et de l’argent. Les graffeurs doivent vivre. Et notre travail, en les exposant dans nos galeries, c’est justement de les supporter, de leur permettre de mener à bien ces projets, de les encourager.

Par Anne-Marie Clerc

Images

© C215

© Vhils Baltimore 2012 by Smart Bastard

© Vhils Shanghai 2012 by Chen Binle

© Birdy Kids

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