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Imane Ayissi

Hymne à la nature et inspirations africaines

Premier couturier africain au calendrier officiel de la Haute Couture, IMANE AYISSI crée une mode raffinée, éco-responsable, qui porte haut les savoir faire artisanaux du continent africain.

Comment avez-vous découvert la couture, la mode ?
Je vivais au Cameroun entre un papa boxeur professionnel et une maman danseuse, mannequin et hôtesse de l’air. C’est elle qui m’a transmis sa fibre artistique et son goût de la mode. Elle voyageait beaucoup, ramenait d’Europe des vêtements et accessoires fascinants. Quand elle essayait une nouvelle robe, c’est toujours moi qu’elle appelait pour remonter sa fermeture éclair ! Ces souvenirs sont gravés dans ma mémoire. Ils ont ouvert la porte de ma créativité. Je me suis mis à dessiner, à couper des petits morceaux de tissus, à les assembler, à inventer des vêtements, à habiller des morceaux de bois… Plus tard, il m’est arrivé de découdre les robes de ma mère, sans sa permission, pour comprendre comment elles étaient fabriquées et essayer de les remonter. Au début, elle n’était pas contente car j’ai gâché de belles pièces ! Puis elle a remarqué que je pouvais donner une seconde vie à certains modèles, alors elle m’a confié quelques robes. C’est ainsi que tout a commencé.

Votre enfance a également été marquée par la danse, qui fut même votre premier métier ?
Oui, avec ma sœur qui est aujourd’hui chanteuse et mon frère chorégraphe, nous adorions organiser des spectacles, à l’occasion de fêtes de famille. Nous avons ensuite intégré le Ballet National du Cameroun, ce qui m’a permis de voyager très tôt. Lors d’un événement familial, Yannick Noah a été séduit par notre prestation. Il nous a emmenés en France pour présenter nos danses traditionnelles camerounaises sur l’air de « Saga Africa », lors d’un tournoi de tennis pour l’association « Les enfants de la terre » suivi d’une tournée. Ce fut pour moi le début d’une belle histoire, qui m’a amené à rejoindre le spectacle « Ils dansent le monde » de Patrick Dupond, avec lequel je suis parti en tournée au Japon et au Canada.

Le mouvement du corps influence-t-il la mode que vous inventez aujourd’hui ?
Énormément, ma mode célèbre la liberté du corps. Que l’étoffe soit légère, volumineuse, capiteuse ou minimaliste, elle accompagne toujours le mouvement et participe de sa chorégraphie.

Quels couturiers vous inspirent ?

Nombreux sont les créateurs qui me fascinent, pour des raisons différentes. J’adore les drapés de Madame Grès, les coupes en biais de Madeleine Vionnet, l’audace de Coco Chanel qui a émancipé la femme, la modernité des silhouettes de Christian Dior et de Jeanne Lanvin. Et je trouve que Saint-Laurent incarne l’élégance française épurée et indémodable. Je puise chez chacun de fabuleuses inspirations, pour imaginer ma propre mode.

Votre créativité se nourrit beaucoup de vos engagements éco-responsables et de votre désir de faire rayonner les savoir-faire traditionnels d’Afrique
La valorisation du patrimoine artisanal africain et la conscience écologique sont les piliers de mon travail. Il y a en Afrique des tissus traditionnels superbes que j’ai à cœur de faire découvrir, comme le Faso Dan Fani, fabriqué au Burkina Faso, connu pour ses rayures. Je source cette étoffe d’exception dans une association qui la tisse à l’ancienne, avec du fil bio. En lui offrant la coupe, la finition et le style qu’elle mérite, je lui permets d’accéder à la création de luxe. Cela me rend heureux. Le raphia m’inspire aussi, j’en fais des dentelles et des robes du soir. Et puis j’ai découvert l’Obom, un arbre dont on prélève l’écorce qui ensuite se régénère. Nous avons travaillé cette matière pour l’assouplir et obtenir un rendu proche du cuir, très intéressant pour les bustiers. J’adore la recherche et l’expérimentation à partir des matériaux naturels. Les possibilités sont infinies.

Certains de vos modèles portent également des messages éco-responsables…
Les pièces auxquelles vous faites référence sont inspirées des drapeaux Asafo que le peuple Akan exhibe lors de parades. Ce sont de véritables œuvres d’art, qui racontent des histoires poétiques. Pour célébrer cette tradition, j’ai présenté trois robes dont une « bustier » nommée « La mer noire ». Ses volumes à l’ancienne rappellent le style victorien. Elle porte le message « save the ocean » et met en scène une baleine bleue, une sirène, une étoile de mer et une tortue, dont les grands yeux nous défient avec humour, incitant à une prise de conscience douce, bienveillante, non provocatrice.

Pratiquez-vous la récupération, l’upcycling ?
Parallèlement aux tissus que je fais réaliser par des artisans, il m’arrive de créer des modèles à partir d’étoffes vintage comme le « Kenté ». Cette matière royale et somptueuse d’origine ghanéenne, brodée et tissée à la main, nous la chinons chez des antiquaires et des collectionneurs. J’en fais des drapés ou des manteaux pour éviter de la couper, comme avec les kimonos japonais anciens, que j’adore intégrer à mes collections.

Comment se porte la relève de jeunes créateurs africains ?
Je les accompagne du mieux possible en intervenant au CCMC*, un centre de formation d’excellence qui leur apprend à créer et commercialiser leurs collections. Je suis le premier couturier africain inscrit au calendrier de la Haute Couture, pas le dernier !
*Centre des Créateurs de Mode au Cameroun

Propos recueillis par Michèle Wouters

Images

© F. Malard

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