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- Interview -

Cyril Aouizerate

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Philosophe et urbaniste, Cyril Aouizerate crée des lieux qui ont une âme et du sensà l’image des Mama Shelter, des MOB restaurants vegan de Brooklyn et Paris, des MOB hôtels qui viennent de prendre leurs quartiers aux puces de Saint-Ouen et à Lyon Confluence. Entretien avec un humaniste, missionnaire de l’hospitalité.

Pour vous, l’originalité est-elle le résultat d’une quête ou le fruit d’une nature singulière ?

Si le terme «originalité» contient le mot «origine», ce n’est pas par hasard. Bien souvent les personnes originales ont des racines profondes. Elles ne fabriquent pas leur singularité, elles l’incarnent. A l’inverse, rechercher la différence à tout prix  me paraît très conformiste. Je sais que les gens me trouvent original. Chez moi ce n’est pas une posture, mais l’expression de ce que je suis, sincèrement et authentiquement.

Il semble d’ailleurs que plus vous avancez et plus vos projets se rapprochent de ce que vous êtes profondément, intuitivement…

Absolument, et chez moi l’intuition jaillit d’une étape préliminaire où je me nourris de lectures et d’expositions, afin de m’immerger dans une dynamique qui me permet de repenser le monde. Ne pas se laisser endormir est une volonté. Je me fais régulièrement violence pour réfléchir et prendre position sur l’actualité du monde et ses enjeux. La difficulté étant de se projeter à dix ans avec notre logiciel d’aujourd’hui. Chacun de mes projets passe ensuite par une phase d’écriture, qui me permet de me confronter à mon envie et de vérifier que l’idée tient la route.

Êtes-vous optimiste sur le monde ?

Je pense qu’il y a autant de raisons de déprimer que de se réjouir. Je suis un pessimiste dont le combat est optimiste, ce qui engendre chez moi une lutte interne permanente. Lorsque je me couche le soir après avoir écouté les informations, ma vision du monde est plutôt sombre alors que le matin, à la lumière du soleil, tout me paraît à nouveau possible. Cela me vient certainement de l’enfance, car mon père nous réveillait en ouvrant les fenêtres de notre chambre et en nous incitant à regarder le ciel, à écouter les oiseaux, à développer notre sensibilité au monde.

Comment en êtes-vous venu au veganisme ? Toujours cette exigence de réflexion sur les grandes questions du monde ?

Oui, je suis un enfant du sud ouest élevé au canard et je suis venu très progressivement au veganisme par amour pour ma femme, qui pour autant, ne m’a jamais culpabilisé ni dicté ma conduite. Je m’oblige toujours à aller au bout de mes convictions et en la matière, mon chemin personnel m’a amené à les appliquer. Aujourd’hui, j’aime à faire découvrir cette façon de manger qui m’est chère dans mes restaurants MOB de Brooklyn et de Paris, mais il ne me viendrait jamais à l‘idée de l’imposer.

cyril-aouizerateQu’est-ce qu’un hôtel, pour vous ?

Un lieu de vie, un territoire de tous les possibles, une sorte de république rêvée. Pour ma part, ils me permettent d’exprimer mon idée utopique et personnelle de l’hospitalité, telle que je l’ai vécue dans le petit appartement toulousain de mon enfance, toujours ouvert, théâtre incessant de grandes et joyeuses tablées familiales où les parfums de nourriture se mêlaient à la musique et au rire. D’ailleurs même si nos hôtels sont très différents, je partage avec Michel Reybier, mon partenaire historique à qui je dois tant, les valeurs profondément humanistes et le désir de créer des lieux où l’on se sent bien. Et je respecte infiniment cet homme pour l’immense passion qui l’a amené à travailler avec tant d’artisans pour créer, notamment, La Réserve Paris – Hotel and Spaune adresse rare.

Propos recueillis par Michèle Wouters - Photos: © P.-E. Rastoin

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