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- INTERVIEW -

Josef Schovanec

Philosophe et écrivain, Josef Schovanec raconte sa passion des voyages dans une chronique hebdomadaire sur Europe 1. A travers des ouvrages comme « Je suis à l’est » ou « Voyages en Autistan » édités aux éditions Plon, il aborde l’autisme à travers son expérience personnelle.

La meilleure façon d’être original n’est-elle pas d’être soi-même ?

Etre soi est une tâche noble, mais pour le moins conformiste dans le contexte culturel actuel. Le « moi-je », l’ego et « mon ressenti » sont les marqueurs de notre époque narcissique, presque seuls référentiels de sens de notre temps. Il est tellement plus intéressant de chercher à comprendre le monde ou à devenir autre.

Quelle est votre définition de l’originalité ?

Elle résulte d’une lutte permanente entre ce vers quoi l’être humain aspire et ce que la société lui interdit.

En quoi consiste votre propre originalité ?

Chaque personne a des raisons d’être originale, cela fait son humanité et son intérêt. Pour ma part, je suis un fils de migrants avec un cerveau fêlé et un corps singulier. Ce n’est déjà pas mal, mais il y a toujours plus original que soi. L’autre jour, à l’issue d’une soirée à Cayenne, une dame m’a annoncé qu’elle avait trois handicaps: elle était canadienne, autiste et psychiatre. Ce doit être lourd à gérer !

Qu’est-ce qui vous plaît dans les voyages ?

Partir c’est abandonner son confort, faire l’apprentissage de l’inconnu et de la dépossession. Une fantastique école d’humilité et de sagesse, en particulier dans une époque centrée sur la possession, la vision narcissique de soi et la croyance que le reste du monde est dangereux.

Combien de langues parlez-vous ?

Il m’est impossible de répondre à cette question car cela dépend des moments, de mes cycles d’apprentissage et d’oubli, de ce que l’on appelle une langue et de comment on la définit par rapport à d’autres.

Votre désir d’apprendre des langues est-il lié à votre envie de rencontrer des cultures et des peuples ?

Sans doute, mais plus fondamentalement à l’envie de devenir autre et multiple, d’adhérer à l’idéal cosmopolite. Regardez le prince  consort du Royaume-Uni actuel, prince Philip, duc d’Édimbourg: est-il grec, danois, allemand, anglais, français; un peu de tout cela ou tout cela à la fois ? C’était l’idéal des Lumières et l’on peut aller encore beaucoup plus loin.

Diagnostiqué « asperger » à l’âge adulte, vous vous êtes construit sans savoir ce qui vous rendait singulier aux yeux des autres ni pourquoi les autres étaient singuliers à vos yeux. Avez-vous été soulagé de connaître votre particularité ?

Le diagnostic a surtout mis fin à la psychiatrisation lourde dont je faisais l’objet, ce qui était déjà formidable. Le revers de la médaille a été le début d’un grand investissement dans une activité militante qui, en fin de compte, n’était pas précisément ce que je souhaitais faire.

Êtes-vous conscient de changer positivement le regard des gens sur les personnes avec autisme ?

Il y a eu des évolutions, certes très imparfaites, ces derniers temps en Europe, mais je ne cherche pas à savoir à qui cela est dû.

L’humour est le moyen le plus direct et le plus puissant de créer de la connivence sociale. Vous en êtes largement doté pour quelqu’un qui pense avoir des lacunes en matière relationnelle. Comment avez-vous développé ce talent ?

Je pense que n’importe qui a dû apprendre les blagues qu’il raconte, ou acquérir les mécanismes sociaux permettant d’en faire de manière satisfaisante ou acceptable. De mon côté, cela a été bien plus lent et laborieux. Quoique, quand on est soi-même un peu ridicule, on a naturellement plus de facilités, inutile de trop se forcer !

Qu’est ce que vous aimez par dessus tout ?

La réflexion et la découverte.

Qu’est ce que vous n’aimez pas ?

« Hominem unius libri timeo » : je crains l’homme d’un seul livre.

Que faites-vous en Nouvelle Zélande ?

Je mange, je dors et j’écoute le temps passer.

Propos recueillis par Michèle Wouters

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