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- Interview -

Jean-Gabriel Causse,

"Regardons la vie en couleurs ! "

Auteur de « L’étonnant pouvoir des couleurs », best-seller racontant l’influence de la palette chromatique sur nos humeurs, nos apprentissages et notre créativité, Jean-Gabriel Causse récidive avec « Les crayons de couleur », un roman qui donne envie de repeindre le monde pour y vivre plus joyeux.

Comment la couleur s’est-elle invitée dans votre vie ?
Je commençais à m’ennuyer un peu dans mon activité de publicitaire, passant plus de temps en réunion qu’à développer des idées. Je cherchais à m’engager dans une voie nouvelle, quand j’ai renversé du vin sur mon tee-shirt blanc. La subjectivité liée aux couleurs m’a alors sauté aux yeux. J’ai compris qu’en racontant que ce tee-shirt était de couleur « Château Pétrus », il devenait intéressant ! Cette anecdote a déclenché mon envie de lancer une agence conseil en communication par la couleur et dans la foulée, une collection de tee-shirts aux tonalités extraordinaires : les yeux de Mona Lisa, le sorbet framboise de Bertillon et le bleu exact de la « planète bleue », ce qui m’a valu de travailler avec la NASA et les images étalonnées d’Apollo 17. Le succès dépassa largement mes attentes. Il m’a gratifié d’un accueil inespéré aux fashion weeks de Londres et de Barcelone, d’une belle visibilité aux Galeries Lafayette et au Bon Marché et même d’un article dans le « Times ». Sollicité par le Groupe japonais Onward Kashiyama pour imaginer des événements autour de la couleur, j’ai notamment transformé plusieurs grands magasins en musée géant et invité treize marques à y présenter des collections aux nuances d’un tableau impressionniste. Puis, un jour, j’ai été contacté par les pédopsychiatres Marcel Rufo et David Da Fonseca, pour repenser les couleurs de l’hôpital Salvator, à Marseille...

Ce fut une étape importante ?

Déterminante ; il ne s’agissait plus de travailler sur l’aspect marketing ou les tendances liées aux couleurs, mais de définir lesquelles choisir pour aider des enfants autistes, dépressifs et anorexiques à se sentir mieux. Mon expérience m’avait prouvé que les couleurs avaient des pouvoirs étonnants. Je savais comme beaucoup de gens que le bleu apaise et que le rouge active, mais je ne pouvais dire pourquoi ni comment. Mes investigations m’ont alors permis de découvrir les travaux neuroscienti ques de nombreuses universités, notamment ceux du Professeur Eliott de la faculté new-yorkaise de Rochester démontrant, IRM à l’appui, que les réactions du cerveau varient en fonction des couleurs observées. L’expression « voir la vie en rose » s’appuie bel et bien sur une réalité ! En effet, lorsque vous regardez un mur rose, vous activez exactement les mêmes zones que lorsque vous visionnez des images de bonheur. A ce sujet, une expérience formidable a été menée dans une classe où tous les murs ont été peints en rose. Immédiatement les dessins des enfants sont devenus plus optimistes, remplis de soleils plus gros et de sourires plus larges ! Le rose fait donc partie des couleurs très positives, idéales dans un hôpital.

Vous avez choisi des couleurs différentes en fonction des troubles des enfants hospitalisés ?
Nous avons plutôt écouté leurs préférences et multiplié les couleurs partout, afin que chacun s’y retrouve. Côté chambres, elles proposent des dominantes chromatiques, complétées d’autres tonalités. Chaque fois que cela est possible, les enfants choisissent leur chambre, mais dans tous les cas, ils disposent de tableaux blancs et de feutres de couleurs qui leur permettent d’y apporter leurs univers et de s’approprier le lieu. Côté réfectoire, nous voulions une couleur qui ouvre l’appétit, mais en douceur, afin de ne pas brusquer les jeunes lles anorexiques. Nous avons opté pour l’orange. Proche du rouge sur le plan chromatique, cette couleur active, en plus, les zones de la communication, ce qui donne envie de venir s’y retrouver, ne fût-ce que pour échanger entre copines.

Aux couleurs sont également associées des vertus symboliques et culturelles ?

Absolument et chose incroyable, nos ancêtres ressentaient de manière empirique les influences aujourd’hui avérées des couleurs. Par exemple, partout dans le monde les théâtres sont rouges. Or sur le plan neuroscientifique, il est prouvé que cette couleur permet au public d‘être plus attentif et aux acteurs d’apparaître plus chaleureux ; alors qu’une salle bleue transporterait chacun dans sa propre rêverie, voire dans un profond sommeil. De même pour le vert ; cette couleur à la fois chaude et froide, située au milieu du spectre du visible, active autant les zones de la relaxation que celles de la concentration et de l’imagination. Elle accompagne donc idéalement la lecture. Ce qui explique que nous aimions lire dans les parcs et que tant de bibliothèques soient vertes : Oxford, Cambridge, la Bibliothèque nationale de France, mais aussi celle où nous sommes assis à l’instant, à La Réserve Paris !

Avons-nous tous la même perception des couleurs ?
Il n’y a pas deux personnes qui voient les couleurs de la même manière. Depuis peu, nous savons que les hommes ont une vision plus chaude que les femmes et que plus nous côtoyons les nuances, plus nos sens visuels s’affûtent. Par exemple, les esquimaux disposent d’une centaine de mots pour quali er les in nies variations de blanc présentes dans leurs champs de vision couleurs de neige.

Quels types de découvertes nous réservent encore les neurosciences dans les années à venir ?
Je pense qu’elles con rmeront que nous avons profondément besoin de vivre au milieu des couleurs car elles nous font du bien. En Inde, en Amérique du Sud, en Afrique du Sud et dans le Sud des États-Unis, elles sont partout. Alors qu’en occident, nous les supprimons progressivement depuis une vingtaine d’années. Regardez les collections de voitures, de textiles ; le noir, le blanc et le gris règnent en maîtres. Pourquoi pas, à condition de les réveiller par la vivacité du rouge, la chaleur du jaune, la créativité du bleu... Les designers doivent prendre le relais des travaux neuroscienti ques pour nous ramener vers les couleurs vives, synonymes de vie !

LesCrayonsDeCouleur_CouvBandeau_HDC’est le message de votre nouveau roman, intitulé « Les crayons de couleur » ?

Absolument, il raconte un monde où les couleurs n’existent plus, un monde gris et triste sauvé par une femme aveugle de naissance qui n’a donc jamais vu les couleurs et qui fait tout pour que les voyants puissent les retrouver. Nous travaillons actuellement à son adaptation cinématographique. Si les personnes qui lisent ce roman ne voient plus ensuite les couleurs de la même manière, j’aurai réussi mon pari.

 

  • Le rouge souffle la passion et l’énergie. Il ouvre l’appétit, fait monter la température de quelques degrés, mais doit être évité en cas de conflit.
  • Le bleu développe la créativité et la relaxation, mais peut s’avérer légèrement déprimant pour une personne sujette au « blues ».
  • Le jaune, couleur de la joie, de la lumière et de la connaissance, est à utiliser sans modération dans les villes en manque de soleil.
  • L’orange incite à la communication, au dialogue et à la chaleur humaine.
  • Le violet favorise l’excitation sexuelle et l’introspection. Il est également associé à l’interdit et aux forces mystiques.
  • Le rose nous enveloppe d’optimisme et de douceur.
  • Le vert nous équilibre, nous inspire confiance et nous invite à faire des projets d’avenir.

Propos recueillis par Michèle Wouters

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